Les infirmier-e-s vont-ils se faire Ubériser ?

Questions d'actualité 12.10.2017
Les infirmières et infirmiers libéraux doivent-ils plier comme le roseau ou se coucher au sol comme le chêne ? Une métaphore équivoque quand on réfléchit un instant à l’ubérisation qui gagne progressivement notre système de soins et n’épargne pas les IDEL.
Les infirmier-e-s vont-ils se faire Ubériser ?
L'URPS a aimé

L’URPS Infirmiers Libéraux d’Occitanie ne refusera pas l’innovation, à condition que celle-ci ne compromette pas le bien-être et la sécurité des patients. Nous restons donc à l’écoute de vos suggestions pour envisager ensemble une ligne de conduite efficace pour aborder avec sérénité cette ubérisation, annoncée comme ennemie, mais qui pourrait devenir notre amie, pour peu que des règles équitables voient le jour.

Un exemple de cette ubérisation galopante vient illustrer de façon flagrante ce changement qui s’opère : le nouveau service de La Poste.

Les experts sont affirmatifs : l’ubérisation de la santé est en marche. Et plutôt que de s’y opposer, il serait plus stratégique de s’adapter et de se faire une place dans les nouveaux schémas naissants. Nombreuses sont les Unions Régionales de Professionnels de Santé à être attentives à ces évolutions. L’URPS Infirmiers Libéraux d’Occitanie ne fait pas exception.

Un exemple de cette ubérisation galopante vient illustrer de façon flagrante ce changement qui s’opère : le nouveau service de La Poste.

En clair, avec son nouveau service « Veiller sur mes parents », La Poste propose qu’au-delà de la livraison de courrier, un facteur préalablement formé, rende des visites régulières à nos parents âgés. Rythme des passages : de 1 à 6 fois par semaine moyennant le forfait souscrit (à partir de 19 euros). En développant ce type de services destinés aux seniors, la Poste se positionne progressivement sur le marché du service (ou plutôt de la surveillance) à domicile. Rappelons simplement sa récente participation au capital d’Asten Santé, une société de prestations de services de santé à domicile… L’entreprise publique compte élargir son offre en santé (livraison de médicaments, visites post-hospitalisation, etc.), continuant de marcher progressivement sur nos plates-bandes. Êtes-vous prête(s) à enfiler le képi ?

Sur ce même modèle, de nombreuses plateformes mises en place par des grands groupes et des startups voient le jour et mènent une politique commerciale agressive pour s’imposer comme les nouveaux leaders de la relation patient-hôpital. Le principe de ces plateformes: imposer progressivement aux infirmières de s’abonner à ces services de référencement payants avec lesquels les structures de santé auront noué des partenariats.

Le risque est immédiat et ne cache pas son nom : la captation de patientèle. Privés d’un contact direct avec les infirmiers libéraux, les patients s’en remettent principalement au professionnel suggéré par la plateforme. À l’inverse, si nous ne souscrivons pas, moyennant un abonnement onéreux, nous ne serons pas référencés sur ces plateformes à fort pouvoir hégémonique. La chute libre est prévisible et notre liberté d’exercice, réduite par cette nouvelle sorte de filière captive. À court-terme, la vassalisation, la notation et le classement par popularité des professionnels de santé deviennent une réalité, comme ce fut le cas pour les médecins avec la plateforme Doctolib. Un glissement de tâches s’opérant par l’arrivée de métiers intermédiaires entre aide-soignant et infirmière est aussi à redouter.

La solution reste à déterminer mais doit, pour sûr, venir des infirmières. Un exemple proche de nous, peut peut-être nous inspirer : celui de la plateforme téléphonique « EILEV » initiée dans le Var en 2015 par les infirmières libérales. L’association qu’elles ont créé rassemble environ 75% des adhérents recensés sur leur territoire. Partis du constat d’un déficit de lien entre ville et hôpital et du reproche parfois injuste fait aux IDELs d’être difficilement joignables, elles ont lancé un numéro unique. Le principe est simple : un centre d’appel réceptionne les demandes et fait tourner les infirmiers par ordre alphabétique, afin que chacun puisse être contacté, en toute équité. Ensuite, libre au professionnel d’accepter ou non les demandes. Si les soignants ne sont pas joignables, un mail est adressé au bureau de l’association, puis relayé par SMS au maximum d’infirmiers adhérents. L’inconvénient : un numéros surtaxé pour payer les coûts de la plateforme, et des opératrices au standard (non des infirmières en mesure de comprendre les besoins.)

Cet exemple, qui ne demande qu’à être repris et amélioré, est la preuve que la solution peut aussi provenir de nous. Le prochain blockbuster sera l’outil qui valorise nos compétences, certes, mais qui proposera surtout toute la panoplie, large, de nos services. L’exemple des taxis Uber est assez explicite. Ce ne sont pas les taxis qui manquaient, mais les services que cette entreprise et ses millions de consommateurs, regrettaient de ne pas pouvoir profiter. Le maillage aura eu raison de nombreuses entreprises de taxi traditionnelles.

L’URPS Infirmiers Libéraux d’Occitanie ne refusera pas l’innovation, à condition que celle-ci ne compromette pas le bien-être et la sécurité des patients. Nous restons donc à l’écoute de vos suggestions pour envisager ensemble une ligne de conduite efficace pour aborder avec sérénité cette ubérisation, annoncée comme ennemie, mais qui pourrait devenir notre amie, pour peu que des règles équitables voient le jour.

Tags: Ubérisation
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